La première fois que je l'ai vue...
... Non, je ne me suis pas jeté sur elle dans la rue! Premièrement parce que j'en ai vraiment soupé de Starmania. Deuxièmement parce que je venais de me réveiller. J'étais par conséquent dans un de mes nombreux boxers et torse nu. C'eut fait mauvais genre, fus-je tombé sur ma voisine promenant son chien en ouvrant le portail. Troisièmement, je porte des boxers, certes, mais je n'en suis pas un, je n'ai donc pas pour habitude de me jeter sur les jeunes filles de la sorte. Enfin, et surtout, Mélissa n'était pas dans la rue mais dans ma télé. Un mouvement erratique contre la télé aurait donc inéluctablement conduit à m'enfoncer quelques condensateurs pointus dans la peau. Ce dont je me rendis immédiatement compte. J'optai donc pour l'admiration béate. Mais flashback quelques minutes avant la rencontre:

- Lolo, tu te lèves, je te rappelle que tu as un entretien aujourd'hui...
- Mmm. J'arrive maman.

Eh oui, ce jour-là, c'était mon 47ème entretien d'embauche en 8 mois. En m'invitant à l'entretien, la bonne femme des RH m'avait fait comprendre qu'ils ne recrutaient pas mais qu'ils souhaitaient quand-même me rencontrer. Bah oui, faut bien qu'elle fasse semblant de servir à quelque chose. Vous imaginez la recruteuse RH aller voir sa boss en lui disant que puisque l'entreprise gèle les embauches pendant un an, elle préconise sa mise en chômage technique? Non, bien-sûr, les gens louvoient. Et Ubu prospère. Youp la boum! Bref, revenons à notre brebis.
Mélissa. Où en étais-je? Ah oui! Je me lève donc, de mauvais poil, et descends l'escalier pour me faire une tartine et boire un petit jus d'orange (à ce propos, oui, je préfère passer mon jus d'orange que de boire de la pulpe, même si, oui, je suis conscient que quand je mange une orange, j'ingère de la pulpe). Machinalement, j'allume la télé. LCI, ma chaîne fétiche. Là, je m'attends à tomber sur la Devynck ou la Kelly. Et là, je ferme le frigo et bam! la Theuriau! Oh my God!

Ma mère était dans le coin:
- Elle est pas mal, cette femme, qu'elle me dit.
- Euh, euh, ouais, pas mal, comme tu dis.
- C'est sympa de voir des petites jeunes...
- Très sympa...

Ensuite, ma mère a continué de me parler, je crois, puis est partie travailler. Et moi, j'ai regardé la télé. Mélissa bafouillait un peu mais je ne m'en suis aperçu que trois à quatre éditions plus tard quand mes yeux, accaparant jusque-là tout l'espace disque de mon cerveau, ont commencé à laisser retravailler mon ouïe. Ce matin-là, j'ai même regardé "On en parle", c'est dire... Oui, autant, j'aime beaucoup "Question d'Actu", surtout les moments où Laurent Bazin prend des précautions de langage, autant "
On en parle", j'avoue que ça ne me fait pas vibrer. "Ah , comme tous les ans, le même problème, il n'y a plus de place dans les crèches. Alors on en parle avec monsieur Bernard Martin, directeur délégué des services sociaux de la mairie de Paris, et madame Brigitte Dupont, fondatrice de l'APAPAPAC (Association de Parents Actifs Pour l'Augmentation des Places dans les Abris-bébés et les Crèches). On attend vos questions intelligentes au standard..."

Qu'est-ce qu'elle était belle! Jamais vu ça! C'était magique. Elle parlait de choses affreuses, de petits vieux déshydratés et de météo (au passage, en parlant de météo, c'est marrant comment elle parle Véronique Touyé, on dirait qu'elle veut tout le temps sourire, même quand il y a des "u" dans ses phrases). Et moi, je ne voyais qu'elle, ma reine, Mélissa. Je buvais ses paroles avec mon jus d'orange. Mais du coup, ses propos, avalés goulûment, ne passaient pas par mes oreilles. Je ne comprenais pas ce qu'elle disait. J'étais subjugué. Chaque reportage me réveillait de ma torpeur délectable, et chaque réapparition de Mélissa me faisait replonger dans ce bain de douceur visuelle.

Je crois qu'il faudrait plus de Mélissa Theuriau pour dire les infos, ça rendrait les gens plus assidus de l'info et surtout, ça nous rendrait l'info plus, plus, oui plus douce... "Dans les titres de l'actualité, on vient de l'apprendre, ce terrible accident, 500 morts, 3600 blessés au dernier bilan et les sauveteurs se montrent pessimistes" "Yeees, c'est Mélissa Theuriau qui présente les infos, ma journée commence bien..."


Ce jour-là, donc, le jour où j'ai découvert l'existence de Mélissa Theuriau, je crois que mon regard m'a trahi et que la nana des RH (je rappelle que j'avais un entretien d'embauche ce jour-là, pour ceux qui se perdent dans les méandres de mes digressions) croyait que je tentais de la draguer pour avoir un job. Mais ma pauvre, je ne t'écoutais pas, je ne pensais pas à toi, et à cette parodie d'entretien que tu organisas pour garder ta misérable place. Je continue d'ailleurs de te mépriser. A tel point que j'ai oublié ton nom ainsi que l'entreprise non-recruteuse que tu représentais pitoyablement.

Ce jour-là, il y eut Mélissa. Et c'est tout ce qui compte.