Pauline de Préval et Mélanie Vecchio : voilà les deux héroïnes du programme ! A force de me le répéter, en fin d'émission,
ils ont fini par me mettre la puce à l'oreille. Ce sont donc elles qui se tapent
les 200 heures de visionnage d'archives pour dégoter l'interview de décembre
1977, où Jean-Pierre " Talleyrand " Soisson se déclare giscardien, celle de
novembre 1989 où il est profondément mitterrandien, celle de février 1995 où il
se découvre chiraquien etc. J'imagine que ce sont aussi Pauline de Préval et
Mélanie Vecchio qui se mangent tous les tracas administratifs avec l'INA, qui montent
les bribes de discours et qui préparent quelques notes pour Magic Buisson. Et c'est ce travail de fourmi qui est récompensé par la rituelle phrase de conclusion, dont nous autres téléspectateurs saisissons mal la portée semaine après semaine. Un boulot de chien, un boulot de fond pour un résultat si fugace, un tueur de soirées pour ces deux pauvres esclaves des temps modernes. Tout ça pour quoi ? Allez, deux minutes de déclarations enfilées l'une après l'autre, oui deux minutes à tout casser ! En milieu d'émission en plus ! Quel malheur ! Je suis sûr que, vers 21h, quand les lumières commencent à s'éteindre dans tout le bâtiment, Mélanie et Pauline sont encore à la cave, ensevelies sous les bobines pour retrouver cette fameuse heure de vérité de 1985, que Buisson leur a demandé de lui sortir " pour demain matin ". Moi-même, en me couchant, vers 23h30, je pense parfois à ces deux marathoniennes encore au bureau, tout ça parce que Môôssieur Buisson trouve ça cool d'aligner les déclarations contradictoires de nos personnalités politiques. Alors d'accord, bien que ça me crispe d'entendre leurs noms sans jamais les voir, j'accepte qu'elles soient citées, parce que je comprends combien ça doit être pénible : entrer en stage au service politique d'LCI avec des étoiles plein les yeux… et se retrouver trois ans plus tard à gratter les cartons de l'INA à la recherche d'une malheureuse phrase lâchée au détour d'une interview aux 20 heures de Gérard Holtz. Eh bien, oui Mesdames, moi, je suis sensible à votre travail. Oui, je vous plains et vous soutiens. Et oui, j'accepte, même si cela semble de prime abord inéquitable, que vos noms soient cités en fin d'émission alors que ceux qui préparent Questions d'Actu, La Bourse et votre Argent ou On en parle sont misérablement ignorés. J'écris cela avec un petit rictus sur le visage à propos d'On en parle, bien sûr. Passons maintenant au cœur de l'émission. Alors au départ, c'était Patrick Buisson qui présentait 100% Polémique. Et puis, on s'est rendu compte que son délicieux cynisme, que ses analyses aussi piquantes que pertinentes étaient en fait les plus sujettes à polémique de toute l'émission. Car en face de lui, évidemment, aucun " analyste " ne fait le poids. Les autres décrivent quand lui analyse, les autres suivent les commentaires ambiants quand lui accomplit vraiment l'effort intellectuel qu'on attend d'un pro. Il les a tellement tous ridiculisés qu'à la fin de la première saison, branle-bas de combat à la rédaction : le présentateur ne peut pas être en même temps la personne la plus fine et la moins langue de bois du plateau ! On change tout, les gars ! Et comme dans les cours d'écoles, on a joué à " on dirait… " : on dirait que, en fait, tu ne serais plus le présentateur mais que on ferait comme si que tu étais un invité… on dirait que comme ça, tu pourrais préparer l'émission avec Pauline et Mélanie parce que ca se verrait pas mais que devant la caméra tu ferais comme si que tu étais un invité… comme ça tu pourrais donner ton avis comme si que t'étais un invité ! Bon, soit ! Et donc, depuis, il y a un présentateur potiche pour bien montrer à l'ensemble de la profession qu'on ne mélange pas animation de débats et intervention dans ceux-là chez LCI. Moi, ça me va très bien. Du moment qu'on me laisse mon Buisson. Car quel personnage, quel homme ! Ecoutez le déclamer. Ce Buisson-là aussi, il s'enflamme mais ne se consume pas ! A part le montage de déclarations contradictoires, malheureuse pierre angulaire de l'émission désormais, on aime tout chez cet homme ! Et qu'ils semblent fades, les autres invités, qui alignent leurs platitudes quand lui arrive en ayant vraiment réfléchi. Il faut dire que chez LCI, on s'emploie à lui trouver des adversaires navrants. Je soupçonne même Pauline et Mélanie (car oui, j'oubliais de vous dire, à mon avis elles s'occupent aussi des invités) d'inviter exprès des nains intellectuels… pour rehausser Buisson. Car sinon, comment expliquer qu'on invite encore un Gérard Le Gall sur les plateaux de télé? Moi, je n'ai rien contre ce pauvre homme mais tout de même, tout de même, n'était-ce pas le monsieur Sondages de Jospin en 2002 ? Bon, alors qu'il se cache. Et qu'il s'incline surtout… devant le grand Pat'. Ce que j'aime aussi, chez Patrick Buisson, outre le fait qu'il ridiculise tout le reste des journalistes politiques par sa supériorité naturelle, c'est le contraste entre ses sourcils sévères (c'est vrai, moi, j'ai toujours l'impression qu'il m'en veut quand je regarde l'émission). Euh… où en étais-je ?…Oui ! Le contraste entre ses sourcils genre " on ne met pas ses doigts dans le Nutella, petit salopard ! " et sa lèvre inférieure toujours humectée. Cette lèvre de bébé me fait penser au petit garçon mignon que j'étais et qu'on avait un jour photographié en train de pleurnicher, la lèvre mi-pendante mi-humide. Je suis vraiment attendrissant sur cette photo… et Buisson, c'est pareil. Alors du coup, je ne sais jamais sur quel pied danser : craindre le Buisson quand il s'emporte contre tel ministre ?… ou prendre mon poste de télé dans mes bras pour consoler bébé Buisson qui a un gros chagrin ? Un jour, j'ai rêvé que Pauline de Préval et Mélanie Vecchio entraient sur le plateau et réalisaient deux de mes rêves : 1. se montrer et 2. prendre le petit Buisson dans leurs bras réconfortants en murmurant de douces phrases comme " mais oui, tu es meilleur que Casanova, d'ailleurs personne ne lit la revue Commentaires " ou " ne pleure pas, il va se les couper ses ongles, Jaffré, il va se les couper, et il ne te fera plus peur, c'est promis ". Ah oui, j'oubliais, outre 100% Polémique, délectez-vous des analyses de Buisson lors des émissions spéciales lors des élections. Et tendez un peu l'oreille, il se débrouille toujours pour nous glisser les résultats avant 20 heures. Le 21 avril 2002, il avait craqué vers 19h27 en nous lâchant la petite bombe une demi-heure avant tout le monde : " il semble qu'on se dirige vers une configuration de 2nd tour proche de celle de 1969… ". Moi, j'attends avec impatience le jour où ce maître franchira le Rubicon et se lancera dans l'arène politique. Gageons qu'alors, ça saignera ! Et qu'un tel animal ne laissera personne lui voler ses victoires… et s'envolera naturellement vers la Présidence. Comment dit-on Buisson en anglais, déjà ? |
100% Polémique |