A marre Ikeo!
Oh, comme j'aurais du m'écouter en début de deuxième année d'école quand je m'étais promis de ne plus mettre les pieds à Stockholm sur Seine ! Et pourtant, somehow, Melisso, ma dulcinée, a réussi à me convaincre : pour meubler notre nouveau petit F2 d'amour acquis aux enchères dans une cage d'escalier de la rue de la Roquette, rien de plus économique que la solution Ikeo. C'est pas cher et c'est pratique !… J'aurais du me méfier, après les Mercus, de cette prétendue qualité suédoise. Anyway, Melisso et moi feuilletons le catalogue Ikeo et nous tombons sur cette très pratique commode : le modèle Nörkpük.

" Chéri, on y va dimanche. Ca nous prendra une petite heure et ça va bien avec la peinture ! "
J'ai dit " oui "… bêtement !

Basically, je me retrouve dimanche dernier sur le parking d'Ikeo Garonor (genre juste avant Roissy, au cul de Paris pour dire les choses clairement). La queue de poisson de Marcel Perreux, qui ne sait même pas remplir un constat, aurait du me mettre la puce à l'oreille et me faire faire demi-tour illico. Mais vous connaissez Melisso… A few minutes later, je me retrouve dans l'allée K4 du parking Ikeo. C'est bizarre, ce grand parking si plein, il doit y avoir un peu de monde à l'intérieur… Je ne prête pour l'instant pas grande attention aux multiples plots qui empêchent les voitures de se garer à proximité de la sortie du magasin… Au bout d'un quart d'heure de marche, nous arrivons à l'entrée principale.

Nous entrons. Je me dis que nous n'allons pas nous attarder dans les autres allées… Quelles autres allées ? Il n'y en a qu'une ! Un peu sinueuse, certes, mais bon ! Si tu suis le panneau " Sortie ", tu visites tout le magasin. Mais on n'allait pas abandonner si près du but ! Enfin, si près, c'était vite dit… Nonetheless, pris dans le flot de beaufs en survêt/mocassins, on y va… On passe le coin salle de bains, le coin luminaires, le coin chambre à coucher… J'ai chaud. Très chaud. Y a un gosse qui pleure. J'aimerais tant l'assassiner à coups de porte-savons Njäbson. Son père sent. Je le lui fais remarquer. Melisso tente d'intervenir mais ça y est, je l'ai étalé par terre à coups de Kroniablök, ce porte-manteaux multibranches si facile à monter. Après 3 kilomètres de marche, nous arrivons enfin à la sortie. Problème : nous n'avons pas trouvé le coin des commodes.

Le sourire jaune aux lèvres et l'envie… comment dire… de chier de rage, j'ose, et là j'avoue que c'était un petit peu stupide de ma part, un petit " bon, si tu le veux vraiment ton meuble, on recommence ". Melisso dit " oui ". Et on recommence depuis l'entrée. Chemin faisant, j'ai l'idée géniale de demander à un vendeur où se trouve le modèle de commode Nörkpük. 48 minutes plus tard, le vendeur enfin disponible me rétorque " Dans le coin commode un peu plus loin. Vous suivez le panneau Sortie. " Certes. On marche. Longtemps. J'ai re-chaud. Et mal aux pieds. Soudain l'oasis : la commode Nörkpük est là, derrière la petite table basse en pin si laide. " Elle est pas mal, on la prend " me dit Melisso. Oh que oui, on va la prendre. On n'a pas fait des kilomètres de bagnole et de marche pour craquer maintenant ! Ca, non !

La référence du meuble et 14 crayons à papier Ikeo en poche, nous arrivons à l'entrepôt, avant les caisses, et nous cherchons. Longtemps. Très longtemps. Il y en a plein des Nörkpük, mais des rouges et des blanches. Or nous, on préfère la bleue ! Enfin Melisso préfère la bleue, à cause des murs bleus. J'essaie de lui faire comprendre que je suis prêt à repeindre les murs de la chambre en rouge, pourvu qu'on sorte au plus vite. Mais elle n'en démord pas, elle m'envoie au fin fond des caisses. Je retourne des cartons, beaucoup de cartons. Ils sont tous lourds, les cartons… Aaaaaaïe, le doigt... Je trouve enfin le Nörkpük bleu mais la mort de mon dos sonne le glas de ma patience : je lui fais remarquer, en insérant dans mon propos quelques jurons, que peu m'importe la couleur de ce satané meuble et que j'estime son obstination un tantinet exagérée. Me faire sortir de mon lit un dimanche matin pour acheter une commode bas de gamme dans un hangar surpeuplé… petite sadique !… Enfin, toujours est-il que conséquemment, elle se met à me faire la tête, cette ingrate. Moi, ayant oublié de prendre un chariot pour basketteur américain à l'entrée du magasin, je me coltine la commode en kit sur le dos. Je croise le gosse du début. Sa mère vient de le claquer et je m'en délecte.

Finally, nous payons. Enfin, JE paie. Je vous rappelle que Melisso me fait opportunément la tête depuis quelques mètres avant la caisse. Elle décide d'ailleurs d'aller flâner dans la boutique gastronomique suédoise : je comprends alors que je vais devoir ingurgiter de la crème de thon en tube, des rollmops et du quatre quarts au citron pendant 8 jours. Mais en jeune marié pacifique, je décide de ne pas évoquer mes nausées à venir pour ne pas provoquer le clash. Téléfoot est fini, je ne vais même pas voir " Les champions de demain " et " Attention à la Marche ". On va quand même essayer d'être à l'heure pour " A vrai dire ". Melisso, elle aime bien " A vrai dire ", c'est bourré d'astuces bien pratiques pour la ménagère moderne.

Vous vous rappelez des plots du début de l'histoire ? C'est là que je commence à les maudire. Moi, mes bras, mes reins, et bien-sûr mon doigt tout plat que je ne sens plus depuis quelques minutes. A la voiture, je constate avec dépit que Nörkpük ne rentre pas dans ma Clio. Même en biais. Je laisse le coffre ouvert… En espérant me faire voler mon Nörkpük mais en expliquant fouinement à Melisso que " Mais non, personne ne va nous le piquer au feu rouge "… Lourd comme c'est, de toute façon, faut pas rêver !

Home sweet home ! Plus qu'à monter Nörkpük dans notre F2 du 5eme sans ascenseur. Evidemment, Melisso n'estime pas utile de me tenir la porte d'entrée de l'immeuble… Bref, je tombe à la renverse dans une crotte de chien hélas bien fraîche, mais c'est un détail à côté de l'explosion de ma rate que Nörkpük vient de provoquer. Sur le pas de ma porte, c'est mon pied qui prend. Après tout, pourquoi tout le reste de mon corps et pas lui ?
Melisso me faisant toujours la tête, je me sers une tartine de pâte de thon et je me mets au boulot. Elle vient me dire qu'on aurait peut-être dû prendre la commode en blanc. " C'est vrai, ça fait peut-être trop de bleu, finalement ". C'en est trop : je me jette poitrine la première contre un mur porteur bien dur. C'est mon psy qui me l'a conseillé. Pour évacuer mes pulsions. Je constate avec joie que ça marche assez bien puisque Melisso s'évanouit de peur en me voyant… et me laisse ainsi tranquille pour un bon quart d'heure.

Je sors la notice. " Pour monter ce meuble, vous devrez être deux ". Je décide de la ranimer… En vain ! Tant pis, j'y arriverai seul. Je commence par recompter les pièces : 8 vis longues? 8 vis longues ! 16 vis courtes ? 16 vis courtes ! 10 écrous ? Flûte, 9 écrous ! Attends… si, 9 écrous ! Aaaargh !… Bon, du calme, on doit pouvoir se débrouiller avec un écrou en moins… 3 vis à bois ? 3 vis à bois ! Pourquoi 3 ? Oh la la, je sens qu'elle va être stressante, la troisième vis…
Lors de ma crise de 15h38, celle où je pleure de rage de ne pas comprendre le schéma 8, Melisso se réveille. Elle se fâche pour la forme alors que je continue mes cris d'épileptique shooté à la coke. Je la traite de brochet puant. Me sentant partir, j'ai un réflexe de survie et m'avale la boîte de valium laissée par ma belle-mère. Car oui, elle squatte déjà chez nous de temps en temps, la vieille peau !

Ultimately, à 19h28, j'ai raté Stade 2, mais ça y est ! CA Y EST ! CA Y EST !!! ALLLEEEIIII ! LA MUUUUUUUUUULE !
Elle est montée, cette saleté de commode. Melisso trouve alors un boulon par terre… que je jette par la fenêtre ! On ne va pas se gâcher ce qui reste de notre dimanche pour un petit boulon!… Je décide de ne pas penser au jour où l'on déménagera pour prendre plus grand. Je m'affale dans le canapé quand soudain :

" Lolo, et si on prenait aussi l'armoire Björkdal, elle va bien avec, tu ne trouves pas ? ".